Les stéréotype de genre en éducation semblent de toutes les époques. Nous les avons même parfois entendus avant notre première rentrée scolaire : « les garçons sont meilleurs que les filles en maths » et « les filles sont meilleures en français que les garçons ». Ces idées, qui perdurent de génération en génération, sont-elles fondées?
La professeure Isabelle Plante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) s’est penchée sur la question. Pour la rentrée, le RIRE vous présente un article dans lequel la chercheuse présente les principales conclusions de son étude ainsi que des pistes d’intervention pour réduire l’impact négatif des ces stéréotypes sur la réussite scolaire des filles et des garçons.
Comprendre et surmonter les stéréotypes en mathématiques et en français
par Isabelle Plante, professeure du département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal
Olivier étudie sans enthousiasme en vue de son examen de français. Dans son for intérieur, il se dit que comme pour la plupart des garçons, le français n’est pas sa force. Après tout, le français est « une matière de filles » alors que les garçons sont meilleurs en mathématiques, croit-il. Par conséquent, Olivier n’est pas très motivé ni intéressé par le français et il se met à rêvasser durant la préparation de son examen plutôt que de s’y investir pleinement. Le lendemain, son examen de français n’est pas un succès…
Cet exemple illustre bien la nature de stéréotypes de genre, répandus dans les sociétés occidentales, qui véhiculent que les garçons sont naturellement plus doués que les filles en mathématiques alors que les filles possèdent de meilleures capacités langagières que les garçons. Mais un tel exemple reflète-t-il les croyances des élèves québécois quant à la compétence des garçons et des filles en mathématiques et en français? De telles conceptions peuvent-elles effectivement prédire le rendement des élèves dans ces matières ou leurs intentions de carrière?
Afin de répondre à ces questions, nous avons mené une étude qui comportait deux objectifs principaux :
1) évaluer la nature et la force des stéréotypes de genre en mathématiques et en français des élèves québécois;
2) examiner les liens entre les stéréotypes de genre des élèves, leur motivation scolaire (sentiment de compétence et valeur), leur rendement et leurs intentions professionnelles.Pour ce faire, 1138 élèves de 6e année du primaire, de 2e ou de 4e secondaire issus de milieux socioéconomiques défavorisés ont répondu à un questionnaire évaluant leurs stéréotypes en mathématiques et en français, leur motivation à l’égard de ces disciplines scolaires (sentiment de compétence et valeur), ainsi que leur intention de poursuivre une carrière relative aux mathématiques ou aux langues. À la fin de l’année scolaire, les établissements scolaires nous ont fait parvenir le rendement moyen des élèves en mathématiques et en français, tel qu’inscrit dans leur relevé de notes.
Le présent article résume les principaux résultats de notre étude. Puis, sur la base des conclusions de notre recherche, des pistes d’intervention visant à réduire la portée négative des stéréotypes des élèves sur leur réussite et leur cheminement scolaire sont proposées.
Articles de la chercheuse
Adaptation et validation d’instruments de mesure des stéréotypes de genre en mathématiques et en français (Mesure et Évaluation en Éducation, 2010) [Article en ligne]
Les stéréotypes de genre en mathématiques et en langues : recension critique en regard de la réussite scolaire (Revue des Sciences de l’Éducation, 2010) [Article en ligne]
Student gender stereotypes: Contrasting the perceived maleness and femaleness of mathematics and language (Educational Psychology, 2009) [Article en ligne]
À lire et à consulter
La question du genre en éducation au Canada : observations sur les données, les tendances et les mythes (Perspectives, 2011)
« Les enjeux qui découlent de la question du genre en éducation sont variés et, bien souvent, complexes. Dans le présent article, nous examinerons certaines des tendances intéressantes liées à la question du genre en éducation et présenterons des observations sur les données et les enjeux pouvant se profiler. »
Les acquis scolaires des filles et des garçons en lecture, en mathématiques et en sciences : un éclairage historique basé sur des enquêtes internationales (Éducation et francophonie, 2005)
« L’évolution des différences d’acquis scolaires entre garçons et filles a été abordée au travers des enquêtes internationales consacrées, entre le début des années 60 et 2000, par l’I.E.A. et l’Ocdé, à la compréhension en lecture, aux mathématiques ou aux sciences… »
Reducingstereotypethreat.org
« Reducingstereotypethreat.org was created by two social psychologists as a resource for faculty, teachers, students, and the general public interested in the phenomenon of stereotype threat. This website offers summaries of research on stereotype threat and discusses unresolved issues and controversies in the research literature. Included are some research-based suggestions for reducing the negative consequences of stereotyping, particularly in academic settings. »
Teachers ‘fuelling gender gap by stereotyping boys as badly behaved’ (The Telegraph)
« The use of phrases such as “silly boys” and “schoolboy pranks” can reinforce the view that boys are more likely to misbehave than girls, it was claimed. The study said children’s beliefs could become a « self-fulfilling prophecy » and influence their achievement in the classroom. »
Preschoolers challenge stereotypical gender roles (University of Gothenburg, 2009)
« According to research from the University of Gothenburg, a preschooler’s gender determines how he or she is treated and responded to in play and learning activities, and when the children’s possibilities become expanded, it is usually a result of the children’s and not the teachers’ initiative. »
Les filles toujours fâchées avec les sciences ? (Cahiers pédagogiques, 2009)
« L’auteure est intervenue aux journées d’études organisées par le Climope en juin dernier sur le thème : « Filles-garçons, où en sommes-nous ? ». Elle fait le point sur les stéréotypes persistants sur les filles et les sciences ou les mathématiques, que l’école contribue à entretenir. »
Les enfants construisent leur genre au quotidien à la maternelle (RIRE)
« Une étude suédoise a révélé que le genre des enfants se construit au cours des activités quotidiennes à la maternelle. L’étude a également montré que les stéréotypes sexuels orientent la planification des activités préscolaires. »
Anxiété des mathématiques : vaincre la peur et changer les perceptions (RIRE, 2011)
« Les mathématiques sont source de stress et d’anxiété pour plusieurs élèves et même parfois, pour les enseignants. Certains spécialistes de ce qu’on appelle l’ « anxiété mathématique » affirment que celle-ci peut poser certains obstacles pour des élèves qui peuvent mener jusqu’au renoncement à une carrière dans les domaines des sciences pures et des mathématiques. »
Les enseignantes du primaire pourraient transmettre leur angoisse des mathématiques aux filles (RIRE, 2010)
« Selon une étude de l’Université de Chicago publiée dans le période en ligne Proceedings of the National Academy of Sciences, les enseignantes des écoles primaires pourraient transmettre à leurs élèves de sexe féminin leur anxiété et leurs stéréotypes au sujet des mathématiques. À l’issue de l’étude, les chercheurs ont observé que les filles qui avaient adopté les stéréotypes de leur enseignante ont obtenu de moins bons résultats dans cette matière. »



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